Du massacre à la délivrance
- Jean Keuchkerian

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 heures

Aujourd'hui, vendredi 24 avril, jour de la Commémoration du génocide arménien, je laisse la parole, ou plutôt la plume, à mon père, Jean Keuchkerian. Il vous présente Haïg, son père, mon grand-père, seul survivant de ce génocide de notre famille. Si vous souhaitez lire son récit "Du massacre à la délivrance", vous trouverez le lien en cliquant ici.
Pourquoi rééditer le livre de mon père 35 ans après la première édition sinon pour vous faire revivre sa vie d’enfant qui est inoubliable au vu de ce qui se passe encore aujourd’hui, non seulement pour le peuple arménien, mais aussi pour les autres peuples.
La jeunesse doit savoir que l’homme n’a pas changé et qu’il est capable encore aujourd’hui de faire vivre à son prochain les pires sévices mais qu’il y a toujours la foi, l’espérance et l’amour qui triomphent du mal.
Comme le disait mon grand-père à son fils Haïg :
« Mon fils tu resteras vivant, la fumée continuera à sortir de notre cheminée et notre maison sera toujours habitée. »
Mon père est retourné dans son village quelques quarante années après le génocide. Ma sœur et moi avons eu la joie d'être du voyage et nous avons revu son village Tekmen en Turquie. Il a revu sa belle-sœur et le fils du meunier qui avaient échappé au massacre.
Quand les habitants du village nous ont vu arriver, ils pensaient que nous venions récupérer nos maisons et nos terres. La méfiance était inscrite sur leurs visages et l'accueil n'était pas des plus chaud au départ.
Ils nous ont demandé la raison de notre venue. Mon père leur a répondu en Turc, langue qu'il n'avait pas oubliée, que depuis ce qui s'était passé, il était devenu chrétien et qu'il avait pardonné et que sinon il ne serait pas revenu dans le village.
A partir de ce moment, l'accueil s’est réchauffé et ils ont étendu des couvertures par terre devant son ancienne maison, ils y ont étalé des fruits de toute sorte et chacun a pu se réjouir...
Un texte de l’épître aux Hébreux résume très bien la vie de mon père :
« C’est par la foi que Jacob mourant bénit chacun de ses fils et qu’il adora, appuyé sur l’extrémité de son bâton."
Il était, dans ces dernières semaines de vie, appuyé sur son bâton, assis presque immobile en face de son poêle chauffé à blanc. Il ne disait mot mais il y avait dans ses yeux ce scintillement qui nous rappelait sa confiance.
Quand le moment est venu pour mon père de quitter cette terre, un évènement particulier est venu interrompre le programme de sa vie. Ma belle-mère, la deuxième épouse de mon père, nous a téléphoné pour nous avertir qu’il était dans ses derniers moments et qu’il fallait venir immédiatement si nous voulions le voir avant de partir.
Nous sommes partis à Lamastre, mon fils ainé Samuel et moi-même, pour lui dire un dernier adieu. Quand nous sommes arrivés, nous avons compris qu’il était dans sa dernière heure.
Sa femme avait préparé dans la chambre voisine les vêtements et les chaussures qu’elle voulait qu’il porte pour sa dernière demeure. Mon fils et moi avons prié avec lui pour que Dieu s’occupe de lui dans son dernier moment et qu’il l’accompagne dans ce dernier passage. Nous avons demandé à Dieu sa bénédiction et nous avons attendu.
Quelques instants plus tard, une personne chargée de distribuer les repas dans le service de l’hôpital a ouvert bruyamment la porte de la chambre en posant une question saugrenue pour une personne qui s’apprête à rejoindre son Père céleste :
- Qu’est-ce qu’il veut manger le pépé ? »
Nous étions choqués de son manque d’égard dans cette situation mais savez-vous ce qu’il s’est passé ?
Le « pépé » s’est redressé d’un coup sur son lit et de mourant qu’il était, il a repris vie et il a répondu comme s’il ne réfléchissait à rien à la dame de service :
« Des pâtes »
C’était son plat préféré.
Tellement interloqué, je lui ai demandé ce qu’il s’était passé car il avait retrouvé sa vigueur et il m’a répondu :
« J’ai vu une porte s’ouvrir et derrière cette porte, il y avait la mort. J’ai vu dans un coin mon épouse qui pleurait et j’ai dit. : Non pas maintenant et la porte s’est refermée »
À partir de ce moment, il a quitté l’hôpital. Dieu lui a donné deux années supplémentaires de vie.
Même s’il a fallu que mon père s’éteigne un jour, sa foi, comme celle des nombreux témoins de la grâce de Dieu qui nous entourent, parle encore, quoique mort comme le dit la Bible dans l’épitre aux Hébreux.
J’espère que son histoire sera pour vous un encouragement à courir vers la carrière qui vous est offerte.
Jean Keuchkerian
Si tu es interpelé par le sujet du pardon mentionné dans le post de mon père, je t'invite à lire mon post sur ce sujet, Pardonne et entre dans ta destinée
N'oublie pas, tu peux toujours me contacter pour parler ou prier.
Se procurer le livre "Du massacre à la délivrance", c'est ici.






Commentaires